Les cartes Panini… Deux mots qui suffisent à rendre nostalgiques tous les adultes qui, enfants, s’échangeaient avec leurs amis les légendaires vignettes de joueurs de football. Pour les collectionneurs acharnés, elles existent encore – le cahier de l’Euro 2020 est disponible – mais il y a de la concurrence. Depuis 2019, la startup française Sorare a mis en place un jeu de cartes à collectionner et à jouer entièrement dématérialisé. Un concept qui s’est beaucoup développé depuis quelques mois. À l’occasion de l’Euro, Sorare a même noué un partenariat avec la Fédération française de football.

Un concept entre jeu vidéo et collection

Chez Sorare, on est loin des bonnes vieilles vignettes Panini. Les cartes éditées par l’entreprise sont des NFT, des objets numériques qui prennent toutes les formes (tweets, vidéos, oeuvres d’art…) et qui font fureur depuis le début de l’année chez les collectionneurs. Ces objets dématérialisés sont authentifiés par la blockchain, la technologie qui soutient le bitcoin et empêche toute copie frauduleuse. Chaque carte est donc unique et ne peut être possédée et utilisée que par une seule personne. “C’est aussi totalement transparent : n’importe qui peut savoir combien de cartes de tel ou tel joueur ont été créées. La rareté est prouvée”, souligne Brian O’Hagan, responsable de la croissance de Sorare.

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© Sorare

Sorare est à la fois un jeu vidéo et un jeu de cartes à collectionner. “Les cartes sont mises en vente sous format d’enchères donc c’est celui enchérit le plus qui remporte la carte. Une fois qu’on possède une carte, on peut l’utiliser dans un jeu vidéo de fantasy football”, explique Brian O’Hagan. On compose une équipe de cinq footballeurs et on affronte celles d’autres joueurs en ligne, dans des matches basés sur les performances réelles des joueurs dont on possède les cartes. Sorare compte aujourd’hui 90.000 aficionados dans 150 pays.

Joueurs, collectionneurs et… traders

Mais la compétition n’est pas impératif chez Sorare. “On a trois types de joueurs. D’abord, les amateurs de fantasy football qui privilégient l’aspect jeu vidéo, les matches contre d’autres joueurs. Ensuite, les collectionneurs qui ciblent les cartes rares dans l’espoir qu’elles prennent de la valeur avec le temps. Enfin, on a les traders qui achètent et revendent en cherchant à se faire un peu d’argent comme ça”, détaille Brian O’Hagan. De fait, le jeu s’adresse à un public plus adulte que les cartes Panini. Le prix minimum d’une carte est de 4 euros pour des joueurs moyens et cela monte jusqu’à plusieurs centaines, voire milliers d’euros pour les stars ou les cartes en édition limitée.

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© Sorare

Il faut donc être prêt à investir avant de se lancer dans le jeu. “Cet aspect spéculatif vient des États-Unis où il y a depuis longtemps une tradition de vente de cartes de sport, notamment pour le basket et le baseball. La différence c’est que les cartes Sorare ont une utilité dans un jeu, ce ne sont pas juste des objets de collection”, note Brian O’Hagan, en charge du développement de l’entreprise. Pour booster les enchères, il y a plusieurs raretés de carte : uniques (1 par saison et par joueur), super-rares (10 par saison et par joueur), et rares (100 par saison et par joueur).

Un jeu qui séduit même les joueurs de foot

“Pour émettre la carte d’un joueur, on doit obtenir une licence officielle délivrée soit par les clubs de football, soit par les ligues ou les fédérations nationales. Par exemple, grâce à l’accord signé avec la FFF, on peut créer des cartes de Kylian Mbappé ou Antoine Griezmann avec le maillot de l’Équipe de France. C’est la première fédération sportive nationale au monde à se lancer dans les NFT”, précise Brian O’Hagan. Un nouveau marché qui séduit : 140 clubs ont signé avec Sorare, dont ceux des plus grands championnats européens. Ils touchent, grâce à ces accords, une redevance de 5% à 15% sur la première vente d’une carte puis une commission sur chaque revente sur le marché secondaire.

Les footballeurs eux-mêmes se sont pris au jeu. “Plus de 50 joueurs de foot jouent au jeu et achètent parfois des cartes de leurs coéquipiers, voire leur propre carte”, assure Brian O’Hagan. Antoine Griezmann a ainsi déboursé 63.000 euros pour acheter une carte unique de son coéquipier chez les Bleus Kylian Mbappé. Et ce n’est même pas un record : en mars, une carte de Cristiano Ronaldo s’était vendue… 240.000 euros ! 

Un modèle qui marche. Sorare a réalisé plus de 60 millions d’euros de ventes de cartes depuis le début de l’année. Et cette réussite attire les investisseurs. La startup a levé 40 millions d’euros, début 2021, auprès notamment de Kima, le fonds de Xavier Niel, et Alexis Ohanian, cofondateur du site Reddit. Des footballeurs, comme Antoine Griezmann et Gerard Piqué, sont également entrés au capital. Et ce n’est qu’un début puisque selon Les Échos, Sorare s’apprêterait à réaliser la plus grosse levée de fonds de l’histoire de la French Tech, supérieure à 500 millions d’euros, et entrerait ainsi dans le club prestigieux des des licornes, avec une valorisation de plus de trois milliards d’euros.

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