INTERVIEW

Secrétaire général de Force Ouvrière de 2004 à 2018, Jean-Claude Mailly a connu des concertations avec pas moins de quatre présidents Français, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron. Et ses souvenirs, racontés dans  Manifs et chuchotements, un syndicaliste dans les secrets de la République (Ed. Flammarion), ne sont pas forcément ceux que l’on attend. Louant le caractère “cash” de Nicolas Sarkozy, l’ancien syndicaliste n’épargne pas François Hollande, ni Emmanuel Macron, “qui joue beaucoup sur la séduction”. 

Avec Sarkozy, “vous aviez une question vous aviez une réponse”

Disant d’abord son “affection” pour Jacques Chirac, Jean-Claude Mailly affirme que le président avec lequel il était le plus facile de travailler n’était autre que son successeur, Nicolas Sarkozy, “parce qu’il était cash” et “très bien entouré”. “Quand on se voyait ou qu’on s’appelait, vous aviez une question, vous aviez une réponse”, raconte-t-il. “Quand il s’engageait à répondre sous un jour ou deux, on avait la réponse nette, oui ou non. Après, ça ne veut pas dire qu’on était d’accord. Mais il était assez facile à travailler.”

L’ex-secrétaire général cite l’exemple des négociations sur Airbus, où il avait “réussi à le convaincre qu’il ne fallait pas faire la restructuration qui était prévue par son président de l’époque, Louis Gallois. (…) On pouvait obtenir des choses”. Une facilité de dialogue qui s’est toutefois effritée dans les deux dernières années du quinquennat Sarkozy, aux yeux de Jean-Claude Mailly : “Il ne s’occupait plus du tout du social (…) Il a trop écouté Patrick Buisson à l’époque, avec des interventions raides contre les syndicats.”

Sous Hollande, “pas une politique sociale-démocrate, de gauche”

L’alternance de 2012 a ensuite changé beaucoup de choses, selon l’ancien syndicaliste. “Le problème avec François Hollande, c’était que quand vous posiez une question, vous n’aviez pas de réponse. Vous sortiez de son bureau, vous ne saviez pas si c’était oui ou non. Et à ce jeu là, on perdait tout le temps”, se souvient-il.

Et de dénoncer l’écart, selon lui, entre les promesses de campagne du candidat et sa politique sociale. “Quand il a fait le pacte de responsabilité, quand il y a eu la loi Travail, etc… Je considère que ce n’est pas une politique sociale-démocrate, de gauche.” 

L’absence de “culture sociale” d’Emmanuel Macron

Ni vraiment de droite, ni vraiment de gauche, qu’inspire alors Emmanuel Macron à Jean-Claude Mailly ? “Il joue beaucoup sur la séduction, et quand vous voulez séduire, ça peut être une technique pour ne pas écouter et essayer d’emmener les gens dans votre raisonnement”, répond l’ancien secrétaire général de Force Ouvrière. “C’est un garçon intelligent, etc. Je ne mets pas ça en doute, bien entendu… Mais un peu déconnecté de ce que vivent les gens.”

Aux yeux de l’ex-syndicaliste, l’actuel chef de l’Etat n’a “pas de culture sociale”. “A ce niveau-là, ce n’est pas le seul. Mais il n’est en tous cas pas suffisamment entouré.” 

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