DÉCRYPTAGE

Malgré l’annonce d’une réouverture possible des terrasses des bars et restaurants à la mi-mai, les inquiétudes s’accumulent du côté des restaurateurs. Après avoir appelé à des précisions de calendrier pour anticiper au mieux la reprise, un nouveau problème pourrait pénaliser certains de ces professionnels : le manque de saisonniers à la réouverture. À Lyon, des patrons d’établissements font ainsi part de leur crainte au micro d’Europe 1. Car face à la longueur de la crise sanitaire du Covid-19, certains de leurs saisonniers habituels sont partis travailler dans d’autres secteurs.

“Certains ne veulent plus faire le boulot comme ça”

Alors que les restaurants sont restés fermés ces derniers mois, “il y a énormément de corps de métiers qui étaient demandeurs de main d’œuvre durant cette période, que ce soit le bâtiment ou la livraison”, constate Yann Lalle, propriétaire du bouchon lyonnais Le Poêlon d’Or. Pour lui, la reprise s’annonce donc “compliquée”. Il est persuadé que des saisonniers “ne reviendront pas dans la restauration” après avoir “dû se réorienter sur d’autres secteurs d’activité pour ne pas avoir à subir d’énormes pertes de revenus”.

Responsable de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih, le syndicat des restaurateurs) dans le Rhône, Thierry Fontaine estime qu’entre 100.000 et 150.000 salariés devraient ainsi manquer à l’appel à la réouverture. “Certains ne veulent plus faire le boulot comme ça, avec le masque, le gel, le cahier de rappel (pour tracer les malades du Covid, ndlr)”, ajoute-t-il en guise d’explication. Selon lui, des saisonniers partent même “à l’étranger, parce que certains pays leur offrent une perspective d’avenir un peu plus concrète”.

“Tout est fait pour faire en sorte qu’on ait un minimum de pénurie”

Invité dimanche sur Europe 1, Thierry Grégoire, le président de l’Umih saisonniers au niveau national, reconnaît que beaucoup de saisonniers “n’ont pas repris le travail depuis 2019, c’est très long”. Mais il tempère quelque peu les inquiétudes des restaurateurs. “Tout a été fait avec le gouvernement pour préserver un maximum les contrats de travail, notamment des saisonniers”, estime-t-il. Selon lui, donc, “tout est fait pour faire en sorte qu’on ait un minimum de pénurie”.

Pour Thierry Grégoire, le plus urgent reste de remédier à la “pénurie de clients et de dates” précises concernant la réouverture. Ces dernières sont essentielles “pour continuer à faire nos recrutements et ainsi faire en sorte qu’on ait le moins de pénurie possible”, souligne-t-il. À Lyon comme ailleurs, le combat le plus urgent des restaurateurs semble avant tout d’obtenir auprès des collectivités les autorisations nécessaires pour utiliser certaines places de stationnement ou une partie de l’espace public afin d’agrandir leurs terrasses.

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