Paris et Bruxelles sont tombés d’accord sur le déblocage d’une nouvelle aide financière pour Air France, qui devra en échange abandonner “un certain nombre de créneaux” de décollage et d’atterrissage à l’aéroport parisien d’Orly, a annoncé dimanche le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire. “Nous avons un accord de principe avec la commissaire européenne (chargée de la Concurrence) Margrethe Vestager sur un nouveau soutien financier à Air France”, a-t-il déclaré lors de l’émission télévisée Grand Jury LCI/RTL/Le Figaro. C’est l’épilogue de semaines de discussions intenses entre Paris et la Commission européenne, gardienne d’une concurrence équilibrée.

Le montant pas encore connu

L’État français, qui détient 14,3% d’Air France, est donc disposé à un renflouement public pour voler au secours de la compagnie, touchée comme tout le secteur aérien par la crise du Covid-19 et qui a perdu 7,1 milliards d’euros en 2020. Mais Bruno Le Maire n’a pas précisé le montant : il “sera discuté avec Air France”, a-t-il dit. Un conseil d’administration d’Air France est prévu lundi, “qui doit valider le principe de cet accord”. Selon une source syndicale, un comité social et économique (CSE) central extraordinaire d’Air France a aussi “été convoqué en urgence mardi matin, à  8 h 30”, avec comme ordre du jour “la situation économique d’Air France”.

Bruno Le Maire a salué “une très bonne nouvelle pour Air France et pour l’ensemble du secteur aérien français”, au terme d’une négociation “dure”, “longue et difficile”. L’accord trouvé est “juste et proportionné”. Mais Air France devra en échange faire des concessions sur des créneaux aériens et devra aussi “faire des efforts de compétitivité”, a-t-il prévenu. En contrepartie, la Commission européenne demandait que “nous abandonnions 24 créneaux horaires d’atterrissage et de décollage à Orly. Ma position depuis le début était de dire que c’était trop et que ça ne servait à rien de soutenir Air France d’un côté si c’était, de l’autre, pour valoriser excessivement la concurrence en demandant 24 créneaux aériens sur Orly”, a expliqué Bruno Le Maire.

“Il y aura un abandon d’un certain nombre de créneaux”

Au final, “il y aura un abandon d’un certain nombre de créneaux européens, mais pas 24. Je ne peux pas donner le chiffre aujourd’hui car il doit d’abord être présenté au conseil d’administration d’Air France (…) mais ce sera moins que 24”, a-t-il assuré. Les syndicats de la compagnie française avaient rejeté l’éventualité d’un abandon de créneaux. Bruno Le Maire a rappelé que l’État français avait déjà “beaucoup soutenu” Air France depuis le début de la crise liée à la pandémie, en apportant 7 milliards d’euros, et ne signait pas aujourd’hui “un chèque en blanc”.

“Il y a des dizaines de milliers d’emplois derrière, c’est stratégique pour le pays. Mais Air France doit faire des efforts de compétitivité” et “continuer à réduire ses émissions de CO2”. “Les contribuables ont déjà apporté 7 milliards d’euros à Air France. Je suis prêt à apporter un nouveau soutien, mais qu’Air France renoue avec des bénéfices (…) et apporte la preuve de sa compétitivité (…) Les contribuables font un effort, Air France doit faire un effort de son côté”, a averti le ministre. Interrogé pour savoir s’il réclamait des suppressions d’emplois, Bruno Le Maire a répondu que “l’amélioration de la compétitivité ne passe pas nécessairement par la suppression d’emplois, par la destruction de valeur”.

“Faire des propositions pour que l’argent des Français soit bien placé”

“C’est au président d’Air France Ben Smith et à l’ensemble de ses équipes de nous faire des propositions pour que l’argent des Français que nous allons mettre en soutien à Air France soit bien placé”, a-t-il dit. Air France-KLM a déjà bénéficié d’aides publiques massives de Paris et La Haye : plus de 10 milliards d’euros, dont 7 milliards de prêts directs ou garantis par l’État français actionnaire. Mais la pandémie perdure et les perspectives de reprise dans l’aérien restent incertaines. Le groupe Air France-KLM a perdu deux tiers de ses clients l’an dernier et sa dette a quasiment doublé à 11 milliards d’euros.

Un processus de recapitalisation pourrait s’esquisser, pour lequel l’État néerlandais, qui possède 14% du groupe franco-néerlandais, aurait son mot à dire. La Haye s’était montré il y a quelques mois prêt à en discuter.

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