INTERVIEW

Alors que la France est confrontée depuis un an à une double crise sanitaire et économique, l’État n’a pas hésité à venir prêter main forte aux entreprises en mettant en place plusieurs aides, dont les prêts garantis par l’État (PGE), distribués par les établissements bancaires et bénéficiant d’une garantie publique jusqu’à 90% du montant prêté dans la plupart des cas. Ces PGE sont actuellement souscrits pour une durée maximale de 6 ans, sachant qu’aucun remboursement n’est désormais exigé pendant les deux premières années. Sur Europe 1, François Asselin, président de la CPME, salue un outil “intéressant” et utile, mais appelle à mettre en place de nouveaux dispositifs. 

“C’est un outil qui a été intéressant pour beaucoup d’entreprises pour surmonter cette crise qui n’en finit pas”, estime François Asselin. Mais les entreprises concernées ne sont pas pour autant tirées d’affaire, et vont devoir désormais faire face à l’angoisse du remboursement des dettes. “Il y a un an, quand cet outil de financement a été mis en place, nous ne nous doutions pas que cela allait durer autant de temps que cela”, explique l’invité d’Europe 1.

“Beaucoup d’entreprises, au delà de ce prêt garanti par l’État, ont dû faire face à des décalages de remboursement, soit des remboursements d’emprunts qu’elles avaient contractés avant la période Covid, soit des loyers qu’elles n’ont pas pu payer et qu’il faudra à un moment ou un autre rembourser, soit tout simplement des dettes sociales ou fiscales qui ont été décalées. Si bien que beaucoup d’entreprises commencent à se demander comment elles vont faire face à toutes ces dettes.” 

“Accompagner les entreprises au sortir de cette crise”

En janvier, la CPME a mené une enquête auprès de 240.000 entrepreneurs. “On estimait sur ce panel qu’environ 200.000 entreprises sur les 630.000 qui, à l’époque, avaient signé un PGE, avaient commencé à utiliser ce PGE, et qu’environ 100.000 entreprises commençaient à avoir des doutes sur leur capacité à surmonter leur endettement global”, indique encore le patron de l’organisation. 

Face à cette situation, la CPME “travaille activement à un nouvel outil de financement pour pouvoir étaler, si possible, l’ensemble des dettes, y compris le prêt garanti par l’État”, assure François Asselin. “Cet outil du PGE, il le fallait absolument, mais il faudra rajouter un autre outil dans la boîte qui permet d’accompagner les entreprises au sortir de cette crise”, ajoute-t-il. 

“La sinistralité va augmenter, il faut s’y attendre”

Mais quelle forme pourrait prendre ce nouvel outil ? “Nous réfléchissons avec les équipes de Bercy à un prêt de consolidation. L’idée, c’est de regrouper l’ensemble de ces dettes et de les étaler, si possible, sur six à dix ans. Ça permettrait à beaucoup d’entreprises de franchir ce cap qui est extrêmement anxiogène et délicat”, indique François Asselin. 

Et il y a urgence, car à l’entendre, le futur pourrait s’annoncer bien compliqué pour les entreprises impactées par la crise sanitaire et économique. “On est dans une situation complètement paradoxale, même anormale”, dit-il. “Il y a environ 50.000 défaillances d’entreprises en année ‘normale’, et on en a eu que 34.000 en 2020. Beaucoup d’entreprises sont suspendues, et le jour où les créanciers vont commencer à réclamer leur dû, lorsque les Urssaf vont commencer à demander qu’on paye les charges, beaucoup d’entreprises risquent de se retrouver en cessation de paiement. Et là, la sinistralité va augmenter. Il faut s’y attendre”, conclut François Asselin. 

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