DÉCRYPTAGE

Une centaine de constructeurs se battent pour une part d’un marché automobile grandissant en Chine. Le pays reste le numéro 1 au monde avec 3,7 millions de voitures vendues en 2020, selon les données du cabinet IHS Markit, dont une très grande majorité vendue sur leur marché local. Mais les ambitions d’exporter leurs voitures sont là et bien là. En France, par exemple, il y a déjà 4 marques chinoises : MG, Aiways, Link & Co (principalement pour de la location) et Dongfeng-Seres. En Europe, il y en aura 13 à la fin de l’année, toujours selon les données du cabinet IHS Markit.

Même si, pour l’instant, en terme de ventes, cela ne représente pas grand-chose sur le marché européen, avec un peu plus de 10 000 voitures chinoises vendues en 2020, ce sera 10 fois plus en 2025 selon les prévisions de Lorraine Morard, analyste prévisions des ventes automobiles pour le cabinet américain : “On peut s’attendre à une accélération de la présence des marques chinoises notamment parce qu’elles vont avoir une stratégie d’électrification à bas coût… et proposer des véhicules électriques avec une bonne autonomie de batterie à des prix qui vont peut-être défier toute concurrence mais ce qu’il va y a voir derrière, c’est de communiquer, de rassurer, c’est des marques qu’on ne connait pas”.

L’éternelle bataille du prix

En matière de voitures électriques, il ne faut pas encore s’attendre à du low cost ou à des modèles à 10.000 euros. Le positionnement serait plutôt similaire à celui d’un Huawei dans le domaine des smartphones avec du “premium” et des voitures qui sont également des concentrés de technologies. La porte d’entrée choisie par les constructeurs est le SUV 100% électrique.

Ce type de véhicules devrait être celui se vendant le plus dans le monde à la fin de la décennie. Le prix oscille déjà entre 38 et 40.000 euros mais pourrait vite diminuer avec les différents bonus pour passer sous la barre des 30.000 euros. Les modèles électriques seraient alors bien moins chers que les concurrents, type Tesla. La raison principale est que les constructeurs chinois maîtrisent la chaîne de valeur de A à Z, de l’extraction des matériaux pour les batteries à la production à grande échelle.

L’inquiétude des constructeurs européens

La présence de constructeurs chinois n’est clairement pas un ballon d’essai. Aiways a par exemple choisi d’installer une filiale en Allemagne pour piloter les lancements de ses modèles. Cette année, sur le marché européen, vont arriver des marques comme XPeng, Lucid ou Nio. Elles ne sont pas toutes présentes en France, choisissant souvent en priorité des pays où les infrastructures, les réseaux de borne de recharge sont déjà bien avancés, comme la Norvège.

Mais les constructeurs français regardent ces arrivées de très près. Un haut dirigeant d’une marque française confie à Europe 1 qu’il s’attend à une déferlante de voitures chinoises, à l’image de ce qu’il s’est passé dans le domaine des pneumatiques il y a quelques années.

Ventes en ligne et services à domicile

Il existe plusieurs stratégies concernant la vente et le service de distribution. Par exemple, la marque britannique historique MG, connue pour ses voitures sportives, et désormais 100% chinoise, est en train de réussir sa renaissance en proposant des SUV 100% électrique grâce à un réseau de distribution d’une soixantaine de points de vente en France. L’objectif est d’en compter 80 à la fin de l’année.

Mais la start-up chinoise Aiways, née il y a 4 ans, a opté pour une stratégie différente : elle propose un modèle proche de Tesla où tous les services sont assurés en ligne… sauf les essais de voiture, cette dernière étant livrée à domicile. “C’est le mode de commercialisation et c’est le business model que l’on a choisi d’implanter en France”, explique Serge Cometti, directeur général de Car East France, société créée spécialement pour accompagner l’arrivée de ces marques chinoises. “Ce que le véhicule électrique permet de faire, c’est de s’affranchir des contraintes traditionnelles de l’automobile et éviter d’obliger le client à se rendre dans des points fixes mais plutôt d’aller vers lui.”

Pour accompagner le client après l’achat, des partenariats ont été noués avec des enseignes comme Feu Vert, les carrosseries Albax / Lecoq pour leur expertise sur les voitures électriques ou encore une jeune pousse niçoise, GoMecano, qui assure les réparations à domicile.

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