INTERVIEW

L’influence de Netflix se ressent jusqu’au fin fond du Jura. L’immense succès de la série Le jeu de la Dame, diffusée sur la plateforme depuis octobre, a spectaculairement relancé les achats de jeux d’échecs. Un regain inédit qui a profité à une petite tournerie artisanale de Conliège, dans le Jura, menacée de disparition dans l’anonymat. Cette entreprise familiale, l’une des dernières à fabriquer des jeux d’échecs artisanaux en France, a ainsi multiplié ses ventes par cinq depuis novembre. De quoi réjouir Brigitte Roz, propriétaire de la tournerie du même nom, invitée mardi matin sur Europe 1. 

“J’ai imaginé fermer l’entreprise discrètement”

L’âge d’or des tourneries, ces ateliers consacrés à la fabrication d’objets en bois, est pourtant loin. “Mon père a eu jusqu’à une quarantaine de salariés. Moi, j’en ai eu 8 ou 9. Et puis avec les délocalisations, j’ai eu deux licenciements. Et depuis mon dernier licenciement en 2005, je n’ai jamais pu embaucher quelqu’un”, explique Brigitte Roz.

Bon an mal an, elle et son mari ont continué leur activité, à quelques encablures de la retraite. “J’ai bien failli disparaître, parce que les tourneries disparaissent sans bruit. J’ai imaginé fermer l’entreprise et fermer la porte discrètement”, reconnaît-t-elle. Jusqu’à ce rebond inattendu, sous l’impulsion du Jeu de la Dame

Des centaines de commandes depuis novembre 

Brigitte Roz avait déjà observé un regain d’activité grâce au confinement. Mais “le rebond, c’est Le jeu de la Dame vers le mois de novembre. Là on a été très sollicités par le biais de notre site de vente en ligne.” Les ventes vont alors exploser. “D’un seul coup, on avait régulièrement jusqu’à une douzaine de commandes par jour et ensuite encore plus au moment de Noël.”

Le succès est tel que la petite tournerie artisanale ne peut satisfaire toutes les demandes. “Comme j’ai été très sollicité par les médias, j’ai tellement de commandes que j’ai été obligée d’interrompre mon site de vente en ligne momentanément. J’ai 200 à 300 commandes en cours”, indique-t-elle. Conséquence : le délai de livraison s’allonge désormais jusqu’à fin avril. “Le plus long, c’est le plombage, le feutrage et le découpage des pièces. Les gens qui commandent des jeux d’échecs sont intéressés par le jeu haut de gamme”, explique l’artisane. 

Brigitte Roz espère désormais trouver un repreneur pour sa tournerie : “j’attends que les personnes intéressées viennent à moi, sachant que c’est un métier qui demande beaucoup d’investissement personnel.”

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