DÉCRYPTAGE

Certains salariés sont au chômage partiel depuis un an. La France va fêter cette semaine le premier anniversaire du début du confinement décidé pour lutter contre la crise sanitaire liée au Covid. Le 17 mars 2020, le pays tout entier avait en effet été mis à l’arrêt et certains n’ont jamais pu reprendre complètement leur activité. En janvier, un peu plus de 2 millions de salariés français étaient encore au chômage partiel, c’est-à-dire un salarié sur dix. Un chiffre important mais loin du pic atteint en avril dernier, lors duquel plus de 8,4 millions de personnes étaient concernées. Aujourd’hui, les secteurs les plus touchés restent le tourisme, l’évènementiel et la restauration.

Un chômage partiel qui dure depuis un an pour certains

Le dispositif a permis de limiter la casse, puisque seulement 284.000 emplois salariés ont été détruits depuis le début de la crise. La restauration est le secteur qui a le plus recours à l’activité partielle, près de 60 % de ses salariés sont à l’arrêt et touchent grâce à ce dispositif a minima 84 % de leur rémunération nette. Une garantie qui court au moins jusqu’en avril. À l’été 2020, les niveaux sont redescendus très bas quand les bars et restaurants avaient pu rouvrir mais Ahmed, par exemple, n’a pas travaillé une seule journée depuis le 15 mars.

À 36 ans, il a pris conscience de l’importance de son travail dans sa vie. Il s’est rendu compte de “l’équilibre” que lui apportait son emploi. Celui-ci lui permettait de “se lever pour quelque chose”. Selon lui, la situation actuelle fait qu’on “se lève, on ne sait pas pourquoi, on essaie de trouver un truc à faire”. L’autre aspect essentiel de son travail, selon lui, “c’est le lien social. On aime ce métier et c’est presque comme si on l’aimait encore plus”, avec ce chômage partiel contraint. 

La tentation de la reconversion

Ahmed est loin d’être un cas isolé. Dans le restaurant où il travaille, sur 23 salariés, 20 sont au chômage partiel. Entre début mars 2020 et février dernier, 2.700 milliards d’heures de travail ont été indemnisées au titre de l’activité partielle en France pour un total de 28,8 milliards d’euros partagés entre l’Etat et l’Unédic. Malgré ces aides, nombreux sont les salariés qui se sont remis en question au cours de cette année. Le patron d’Ahmed, Alain Fontaine, s’attend d’ailleurs à une importante déperdition de ses troupes au moment de la reprise. “Je sais qu’il y en a que je ne reverrai pas parce que leur vie a changé. Au bout d’un an de réflexion, ils se sont dit ‘mais attends, je peux avoir mes soirées et mes week-ends’ et ils ont peut-être pris d’autres pistes. Et ça, c’est le problème de toute la restauration française”, témoigne le restaurateur. 

La question de la reconversion s’est posée pour de nombreux salariés. Certains ont déjà changé de voie, d’autres y songent. Aymeric, designer de stand pour les foires et salon, n’a travaillé que quelques jours sur l’année écoulée. Face à la crise que connait son secteur, il s’est formé à l’intelligence artificielle. À 43 ans, il envisage de se réorienter mais appréhende. “Je me dit ‘je vais me reconvertir’ mais ce n’est pas l’âge le plus facile. Mais je suis assez souple, j’arrive à m’adapter”, veut croire le quadragénaire. Mais son éventuel départ ne sera pas sans regrets : “je suis dans un métier que j’adore, je suis tombé dedans il y a 15 ans et je me vois mal faire autre chose. Donc j’essaie de garder mon optimisme. C’est ça qui me fait tenir”.

Les patrons craignent des décrochages

Plus que les reconversions, ce sont les décrochages qui inquiètent les chefs d’entreprise. Selon Fabrice Laborde, le patron de groupe Galice où travaille Aymeric, un quart de ses salariés a complètement disparu dans la nature. Ils ne participent plus aux réunions d’information, n’appellent plus et le PDG avoue être un peu désemparé. “On a connu la croissance. On a géré le trop-plein de travail toute notre vie professionnelle. On a été formé à ça, à l’embauche. Mais on n’a jamais été formé à gérer la carence et le vide”, explique le patron. 

Face à cette situation inédite, “on s’est retrouvé à gérer psychologiquement l’absence de travail, d’activité et de réunion”, raconte-t-il. Une transition qui ne s’est pas faite sans heurts. “On a eu quelques faiblesses là-dessus, donc on a fait avec les moyens du bord. On réunit assez fréquemment nos collaborateurs. Tous les 10 jours maximum. On essaie de donner le maximum d’informations et de garder le lien”, explique Fabrice Laborde. Après plus d’un an de chômage partiel, l’autre crainte concerne aussi la perte de compétence et de confiance en eux des salariés. Fabrice Laborde, par exemple, n’a pas l’intention d’attendre la reprise formelle des salons pour redémarrer la machine. Il faudra prendre de l’avance, dit-il, afin de réapprendre à travailler ensemble.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *