DÉCRYPTAGE

Si vous vous retrouviez un jour avec un peu plus de deux millions d’euros à dépenser, vous pourriez vous offrir une villa sur les hauteurs de Saint-Tropez, ou bien une voiture de sport, au choix Bugatti ou Lamborghini. Mais vous pourriez aussi acheter… un tweet ! 2,5 millions de dollars (2,1 millions d’euros), c’est le montant de l’enchère la plus élevée actuellement sur le site Valuables pour acquérir le tout premier tweet de Jack Dorsey, le fondateur de Twitter. Une somme délirante pour quelques mots écrits sur un réseau social (“Je crée mon compte Twitter”) mais un symbole de l’ascension fulgurante des NFT, les “non fungible tokens”, des objets numériques vendus comme des œuvres d’art.

Les “non fungible tokens” ou “jetons non fongibles” sont une sorte de tampon virtuel apposé sur les objets numériques grâce à la blockchain, la technologie qui supporte les crypto-monnaies comme le bitcoin. Elle fonctionne comme un certificat de traçabilité inaltérable qui garantit que l’objet acheté est bien l’original, unique et irremplaçable, et non une des nombreuses copies diffusées sur le web. Ce marché, né en 2017, connaît depuis quelques semaines un boom inédit. Selon l’Atelier BNP Paribas, filiale de la banque spécialisée dans les nouvelles technologies, le montant des transactions de NFT a atteint 250 millions de dollars en 2020, contre 63 millions en 2019.

Une œuvre d’art virtuelle vendue 6,6 millions de dollars

Si la vente aux enchères du tweet de Jack Dorsey a fait beaucoup de bruit, ce marché est tiré principalement par les œuvres d’art numériques. Des photomontages, des graphismes ou des vidéos réalisées par des artistes 2.0. Selon le site spécialisé Cryptoart, les ventes d’œuvres d’art numérique ont atteint 90 millions de dollars en février… neuf fois plus qu’en janvier ! Avec un record établi il y a quelques jours : 6,6 millions de dollars pour une vidéo de l’artiste Mike Winkelmann, alias Beeple, dans laquelle on voit des gens marcher devant le corps inerte et tagué d’un Donald Trump géant.

Dans la foulée, la chanteuse canadienne Grimes a récolté six millions de dollars en vendant plusieurs centaines de créations, des visuels représentants des bébés dans des mondes imaginaires. Ces images, comme la vidéo de Beeple et le tweet de Jack Dorsey, sont encore visible par tous sur Internet. Vous pouvez les télécharger ou en faire des captures d’écran. Mais les originaux, certifiés par la blockchain, ont désormais un propriétaire à vie. Ce sont des spéculateurs mais aussi des collectionneurs qui envisagent un futur dans lequel ces objets qui marquent l’histoire d’Internet trouveraient un jour leur place dans un musée virtuel.

Une opportunités pour le sport et la musique ?

De fait, il y a des ventes aux montants exorbitants mais aussi des produits pour les collectionneurs moins fortunés. Plusieurs secteurs se lancent à l’assaut des NFT, notamment le sport. Aux États-Unis, la NBA s’est associée à l’entreprise Dapper Labs pour créer Top Shot, une collection de vidéos d’actions fortes des basketteurs, visibles gratuitement sur Youtube mais vendus en parallèle sous forme de collectible. En France, la start-up Sorare, créée en 2018, a vu son chiffre d’affaires multiplié par 30 en six mois et vient de lever 40 millions d’euros. Soutenue entre autres par Antoine Griezmann et Gérard Piqué, elle propose des cartes de footballeurs à collectionner et à utiliser dans des ligues virtuelles. 

Même engouement naissant dans le monde de la musique. Selon Le Figaro, Plusieurs artistes ont mis en vente des chansons ou des clips sous forme de NFT ces dernières semaines (Grimes, encore elle, Shawn Mendes ou encore Mike Shinoda, le chanteur de Linkin Park). Vendredi, le groupe Kings of Leon a sorti son dernier album, When you see yourself, vendu en magasin, écoutable en streaming et en version spéciale NFT à 50 euros, avec des visuels et des goodies collector. Avec un avantage non-négligeable : sous cette forme, il n’y a quasiment plus d’intermédiaires et le groupe perçoit une plus large part des revenus de la vente.

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