INTERVIEW

L’égalité entre les hommes et les femmes en entreprise est encore loin d’être une réalité. Dernière preuve en date : un projet de loi du gouvernement allemand va imposer la présence de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Si la France s’en sort mieux, avec 22,2% de femmes au sein des conseils d’administration des trente plus grands groupes du pays, contre 12,8% Outre-Rhin, la situation est loin d’être parfaite.

Rebecca Amsellem, entrepreneuse et militante féministe, a listé lundi sur Europe 1 les chantiers qui restent à mener, de l’égalité salariale à la nomination de femmes aux postes à responsabilités. Pour y parvenir, elle en appelle aux autorités. “Aujourd’hui, il faut un coup d’accélérateur de la part de l’Etat pour montrer une vraie volonté étatique de vouloir construire un monde de l’entreprise qui soit profondément féministe”, demande la fondatrice du collectif “Les Glorieuses”, une newsletter féministe.

Un congé paternité aussi long que le congé maternité “serait une avancée féministe”

Premier constat dressé par Rebecca Amsellem : “Le monde de l’entreprise est un système qui a été créé par et pour des hommes.” “Les femmes n’en faisaient pas partie au début, et on se rend compte qu’il y a une constante adaptation des femmes à ce monde-là”, déplore l’économiste, qui prend pour exemple le congé maternité. “Le congé maternité a été intégré au sein de l’entreprise, mais bien longtemps après l’arrivée des femmes dans le monde du travail. Aujourd’hui, il n’existe pas de congé paternité qui soit aussi long que le congé maternité, alors que cette égalité serait une avancée féministe”, plaide l’entrepreneuse.

“Les hommes pourraient passer autant de temps avec leur nouveau-né que les femmes, et cela permettrait aussi de les mettre sur un pied d’égalité au sein de l’entreprise”, assure-t-elle. La durée du congé paternité a été allongée en septembre dernier par le gouvernement de 14 à 28 jours (plus de 5 semaines), tandis que le congé maternité peut aller jusqu’à 16 semaines lors d’un premier accouchement.

Les inégalités salariales, du “sexisme intériorisé”

Rebecca Amsellem s’est également insurgée contre les inégalités salariales, qui persistent actuellement en France. “Ce n’est pas normal qu’en 2020-2021, en France, on doive toujours se battre pour que les femmes soient autant payées pour un travail équivalent”, déclare-t-elle, battant en brèche les idées reçues sur les causes de cet état de fait.

“Plein de raisons sont évoquées : on a tendance à dire que c’est parce que les femmes n’oseraient pas négocier ou qu’elles n’oseraient pas demander d’augmentation. Mais c’est faux. Des études ont montré que les femmes demandaient autant, voire plus d’augmentation que les hommes, mais que leurs supérieurs avaient tendance à les refuser davantage. C’est ce qu’on appelle le sexisme intériorisé”, juge-t-elle.

“L’idée n’est pas de nommer des femmes incompétentes”

Rebecca Amsellem a également défendu le principe de quotas de femmes imposés aux entreprises. “L’idée n’est pas de nommer des femmes incompétentes, mais d’obliger les chefs d’entreprise à aller chercher ces femmes qui ont l’expertise, qui ont les compétences et qui pourraient avoir tout le mérite d’accéder à ces postes à responsabilités”, assure-t-elle.

L’économiste réclame également “une revalorisation des salaires des métiers où les femmes sont les plus nombreuses, comme les métiers du soin.” “On a tendance à dire que ce sont des métiers qui ne rapportent pas suffisamment, alors que l’on se rend compte aujourd’hui que ce sont des métiers qui sont en première ligne de la pandémie de coronavirus. Ce sont ces personnes, essentiellement des femmes, qui tiennent aujourd’hui le pays”, conclut-elle.

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