DÉCRYPTAGE

Ça y est, tous les opérateurs ont lancé leur réseau 5G. Après SFR, Bouygues et Orange, Free, habituel trublion des télécoms, se faisait attendre. Mardi, le quatrième opérateur a enfin levé le voile sur sa stratégie et, comme attendu, n’a rien fait comme les autres. D’entrée de jeu, Free a ainsi annoncé couvrir 7.700 communes, soit 40% du territoire, en 5G. Surtout, il met en avant un forfait compatible avec le nouveau réseau et intégrant 150 Go de données mobiles pour seulement 19,99 euros par mois, trois fois moins cher que les forfaits équivalents d’Orange, SFR et Bouygues. Mais cela cache un réseau au rabais.

Une 5G low cost

En effet, pour proposer une offre aussi attractive, Free a recours a une astuce : la “fausse 5G”. Pour émettre le nouveau réseau, les autres opérateurs utilisent les fréquences de 3,5GHz, dédiées à la 5G et qui offrent un débit très rapide. Certains, par endroit, ont également recours aux fréquences de 2,1GHz, partiellement occupées par d’autres ondes. Free, lui, va diffuser une écrasante majorité de sa 5G sur les fréquences de 700MHz, déjà utilisées pour la 4G. 

Les chiffres peuvent être vus de deux façons. D’un côté, Free allume un total de 5.500 antennes 5G, plus de deux fois plus que le deuxième, Bouygues. C’est donc un lancement très vaste. De l’autre, 96% de ces antennes diffusent une 5G limitée sur basses fréquences (en vert sur la carte ci-dessous). Dans les faits, le débit de cette 5G sera à peine plus rapide que celui de la 4G actuelle puisqu’il empruntera les mêmes tuyaux déjà bien encombrés par la 4G. Il s’agit d’ondes puissantes, qui traversent bien les murs, mais qui, en contrepartie, n’offrent pas des débits très élevés. 

600 x 300

© Free

Reste que cela fait tout de même 200 antennes Free qui émettent de la “vraie” 5G, un chiffre seulement dépassé par Orange (340). Cette astuce permettant de choisir sa fréquence d’émission de la 5G est légale, l’Arcep autorise les opérateurs à adopter plusieurs stratégies, à condition d’informer correctement les utilisateurs au moyen d’une carte rendue publique (celle ci-dessus). Bouygues, par exemple, a fait le choix de n’utiliser que les fréquences de 2,1GHz pour l’instant. Et Free est le seul à passer par celles de 700MHz.

Stratégie du trublion

Pour Free, qui ne dispose pas des moyens de ses concurrents, cette stratégie est logique. Convertir les antennes 4G pour qu’elles émettent de la 5G coûte beaucoup moins que d’en installer de nouvelles, les “vraies” antennes. Cela permet aussi à Free de couvrir de larges portions de la France, notamment en zone rurale, là où les autres opérateurs sont actuellement surtout présents dans et autour des grandes villes. Ainsi, l’opérateur peut espérer attirer des nouveaux clients séduits par les prix cassés. Le risque étant qu’ils soient déçus par son réseau 5G peu performant.

Ce lancement s’accompagne par ailleurs d’une communication typique de Free. “Pas de connerie ! Chez Free, la 5G, c’est inclus pour le même prix” : c’est Xavier Niel en personne qui fait cette promesse alléchante dans une publicité mise en ligne mardi matin, et massivement relayée sur les réseaux sociaux dans la journée. Fidèle à son modèle, le patron de l’opérateur joue les électrons libres dans le monde très codifié des télécoms. Une stratégie qui s’était révélée payante sur la 4G puisqu’il est désormais, en nombre d’abonnés, le troisième opérateur sur le mobile, devant Bouygues Telecom.

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