Avec une industrie automobile générant 13% du PIB (Produit Intérieur Brut – soit 426 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2017) et pesant pour 20% des revenus de l’industrie locale, l’Allemagne place la voiture connectée au cœur du développement de son économie avec un investissement de 18 milliards d’euros d’ici les trois prochaines années.

L’émergence de la voiture connectée pose des questionnements nouveaux sur l’utilisation et la détention de la donnée et devient un enjeu stratégique pour l’ensemble des acteurs du marché.

L’impact est d’autant plus important pour les assureurs qui doivent concilier évolution des pratiques de consommation client (davantage tournées vers «l’usage ») et création de nouvelles offres à partir des données. L’enjeu final est de taille : 34,5% de leurs revenus dépendent des assurances automobiles.

Dans ce contexte, comment les assureurs allemands abordent-ils le sujet ?

La data, nouveau carburant pour les constructeurs et les assureurs

L’introduction des nouvelles technologies embarquées entraîne le basculement du métier des constructeurs automobiles d’une expertise mécanique (ie. motorisation, aérodynamisme) vers une expertise digitale (i.e. création & utilisation de la donnée).

Chaque constructeur a ainsi progressivement développé en interne sa propre plateforme pour collecter, analyser et sauvegarder les données émises par ses véhicules. BMW développe par exemple sa nouvelle plateforme appelée BMW CarData qui génère en temps réel des informations sur l’état du véhicule.

Autour de la data, la relation assureur /
constructeur reste à définir

Aujourd’hui, les principaux détenteurs des données sur l’état de la voiture (i.e. géolocalisation du véhicule, niveau du liquide de refroidissement, freinage et kilométrage) restent les constructeurs automobiles qui peinent, pour le moment, à garantir la sécurité de leurs données comme le souligne l’ADAC (Allgemeiner Deutscher Automobil-Club).

Des chercheurs néerlandais en sécurité ont par exemple pu espionner sur des Volkswagen et des Audi les conversations du conducteur, l’historique des déplacements et même la position en temps réel de la voiture.

Dans ce contexte, la relation entre assureurs & constructeurs doit
trouver son équilibre. 3 modèles peuvent voir le jour :

  1. Un modèle d’intégration verticale dans lequel les assureurs ne peuvent pas accéder aux données des constructeurs, ce qui induit une construction en « solo » d’une offre d’assurance.
  2. Un modèle « hybride » où les assureurs accéderaient à des APIs constructeurs restreints
  3. Un modèle totalement ouvert qui verrait l’apparition d’un écosystème riche pour les utilisateurs et leurs voitures

Deux réponses s’esquissent face à ces nouveaux défis

Premièrement, clarifier la relation entre les deux parties. La plupart des grands assureurs restent sur des modèles d’intégration verticale et passent par l’installation de boîtiers télématiques pour récupérer les données utilisateurs.

Allianz a par exemple noué un partenariat avec TomTom pour l’utilisation de ses boîtiers. FRI:DAY, une start-up berlinoise, fait le pari quant à elle du modèle hybride en développant une assurance automobile utilisant les données de BMW CarData pour générer la tarification de ses prestations.

Sur le long
terme, la possibilité d’un modèle ouvert existe. C’est d’ailleurs le vœu de Jörg
von Fürstenwerth, président de la GDV (Gesamtverband der Deutschen
Versicherungswirtschaft) qui propose la mise en place d’une plateforme indépendante
et commune à tous les constructeurs.

Deuxièmement, accentuer la relation client en renforçant l’image protectrice des sociétés d’assurances. Historiquement, elles ont toujours été détentrices d’informations sensibles sur lesquelles elles s’engageaient à en préserver la sécurité et la confidentialité.

D’ailleurs, les banques et assurances se placent en tête dans la confiance donnée par les consommateurs (avec 83% des voix) en matière de gestion et de sécurité des données.

La France suit le même chemin que l’Allemagne

Pour le moment, la France tend à suivre le même chemin que son confrère d’Outre-Rhin. Au Mondial de l’Auto 2018, la Fédération Française de l’Assurance (FFA) et le Comité des Constructeurs Français de l’automobile (CCFA) ont annoncé des travaux communs afin de « réunir les éléments nécessaires à la mise à disposition de données au secteur de l’assurance, dans le respect de la législation sur la protection des données personnelles ».

Concernant les échanges de données entre constructeurs et assureurs, certaines
initiatives ont commencé à se tisser.

Le groupe PSA et l’assureur Covéa portent par exemple un projet de digitalisation du carnet d’entretien via l’utilisation de la blockchain.

La finalité sera de mandater plus rapidement un garagiste de leur choix dans un temps limité, de lutter plus efficacement contre le vol, et enfin de permettre d’accéder plus facilement à l’historique des entretiens d’un véhicule, notamment pour déterminer le montant d’une indemnisation.

La data : de nouvelles pistes à explorer dans les offres clients

Des offres personnalisées selon la conduite du client

L’instauration progressive de la voiture connectée introduit en parallèle de nouveaux modèles économiques complexes. Complexes car ils présupposent l’utilisation progressive de données considérées comme sensibles. Et pour lesquelles le client pourrait être réticent à donner son accord.

Le leader de l’assurance automobile allemand, Huk-Coburg, a par exemple déployé sa solution « Pay how you drive » qui prévoit d’ajuster les offres d’assurance en fonction du comportement de l’automobiliste.

Pour le moment, l’entreprise fournit un boitier télématique qui monitore la position GPS, le nombre et l’intensité du freinage et de l’accélération, les prises de virages ainsi que la fréquence d’utilisation du véhicule.

L’ensemble des données est ensuite transmis à une application smartphone associée à l’assureur.

Le gain ? Une réduction jusqu’à 30% de la prime d’assurance selon les données fournies par le géant allemand. L’application permet aussi d’appeler les secours, de déclarer un incident ainsi que de trouver à proximité un garage partenaire avec possibilité d’afficher ses tarifs.

Exemple de l’application Huk-Coburg

Des offres qui changent le modèle opérationnel des assureurs

La réduction des accidents espérée grâce aux voitures connectées change la nature des prestations fournies par les assureurs.

Ainsi, Munich RE prévoit une baisse importante du nombre d’accidents sur les routes d’ici les prochaines années. En revanche, les montants à rembourser seront beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui étant donné les caractéristiques technologiques propres aux nouveaux véhicules.

En matière de performance opérationnelle, cela aura inévitablement un impact sur les assureurs qui devront débourser davantage sur des périodes de temps plus restreintes.

Deux réponses paraissent envisageables pour faire face à ces nouveaux défis : la personnalisation des offres et l’amélioration des prestations en cybersécurité.

En Allemagne, c’est la start-up berlinoise « Element » qui incarne le mieux ces deux tendances. Créée en mars 2017, l’entreprise propose des assurances vie, assurances auto et assurances en cybersécurité.

Elle est capable de créer des offres entièrement personnalisables selon les besoins de ses clients. Elle avait fait notamment la une en proposant une offre d’assurance dédiée aux fans du club de football BVB Dortmund en garantissant le remboursement partiel du billet d’entrée au stade, voir même une assurance en cas de vol du maillot… Une source d’inspiration pour les clubs français ?

L’exemple allemand interpelle plus largement sur les évolutions liées à la mobilité et ses conséquences auprès des assureurs

Au-delà de la data, le secteur automobile traverse une profonde transformation résumable en 4 lettres : CASE. Connected, Autonomous, Sharable & Electric.

L’aspect « Sharable » revêt une importance croissante en changeant profondément la manière d’aborder l’automobile.

En Allemagne, BMW et Daimler avancent très rapidement sur le sujet en créant une entité valorisée plus d’1 milliard d’euros et disposant de 60 millions d’utilisateurs dans le monde. A long-terme, l’entreprise prévoit d’englober 5 entités avec des filiales dédiées :  

  1. Drive Now mettant à disposition des voitures de location en libre-service
  2. Park Now facilitant le stationnement via une réservation en ligne, une gestion du temps ainsi qu’un ticket dématérialisé
  3. Free Now proposant des courses en taxi, des services avec chauffeurs ou encore des locations de voitures ou scooters électriques
  4. Reach Now donnant accès à une plateforme centralisant les différents moyens de mobilité dans une ville donnée
  5. Charge Now offrant la possibilité de trouver des stations de recharge pour voitures électriques à proximité de l’utilisateur

L’exemple de BMW & Daimler traduit une évolution beaucoup plus large des pratiques de consommation en matière automobile. La détention d’une voiture devient de moins en moins importante pour les consommateurs qui y voient plus un moyen qu’une finalité. L’impact pour les assureurs est conséquent : les assurances automobiles classiques peuvent péricliter, voir même disparaître.

Quel futur pour les assurances automobiles dans ce cas de figure ?

Sur le long-terme, les assureurs envisagent une migration de leurs activités B2C vers une politique B2B. En d’autres termes, les assureurs n’auraient plus à faire à des clients mais à des entreprises intermédiaires disposant de flottes automobiles. L’impact serait neutre pour les assureurs mais nécessite une certaine préparation au préalable.

La voiture connectée transforme irrémédiablement le secteur de l’assurance qui se doit de répondre intelligemment aux nouvelles attentes des consommateurs et des entreprises.

L’exemple de l’Allemagne est intéressant puisqu’il propose des cas d’étude pour les assureurs français. La donnée et sa détention jouent un rôle capital dans la relation client, axe sur lequel les assureurs ont des atouts à mettre en avant.

En parallèle, les offres des assureurs changent de nature en garantissant des protections différentes face à des usages différents. Pour répondre à ce secteur en pleine transformation, les start-ups offrent de nombreuses solutions innovantes !

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